Un artefact de médiation pour la sauvegarde du patrimoine et la réappropriation du littoral
Si la « cabane à sucre » célèbre notre lien à la terre, nous n'avons plus de lieu pour célébrer notre lien à l'eau. Pourtant, notre identité s'est bâtie sur un dialogue vibrant avec le Saint-Laurent, un échange quotidien tari par la modernisation. Entre berges privatisées, paradoxes économiques et mémoires qui s'effacent, le fleuve est devenu un décor lointain que l'on admire sans plus oser l'habiter. À Petite-Rivière-Saint-François, le diagnostic municipal est clair : la pêche à la fascine, patrimoine immatériel classé en 2023, est notre lien le plus rassembleur, mais il se meurt. Sur les cent cinquante concessions d'autrefois, il n'en reste aujourd'hui que deux.
Mon projet propose la convergence manquante : un artefact vivant pour réapprendre le fleuve. Le concept architectural repose sur une analogie de forces où le bâti constitue l'ancrage solide dans le sable, tandis que le paysage agit comme le courant. Dans ce flux, le visiteur entame une ascension négative, tel un poisson de fond. On ne monte pas vers l'horizon, on descend vers l'origine, guidé par un glissement de pentes successives vers l'estran pour une immersion sensorielle.
Le parcours transpose la cinétique du piège en trois paliers : l'aile rabat le flux humain vers la zone de récolte ; l'enclos concentre le regard sur le geste et la matière brute ; enfin, le coffre nous capture dans l'intériorité du restaurant pour une dégustation au plus proche du savoir-faire de la fascine. Cette architecture s'inspire du tressage traditionnel du bois et se patine avec l'humidité. Face à l'érosion, le projet déploie une armature vivante en gradins où l'élyme des sables stabilise le site.
Véritable nœud territorial, le site recoud le paysage en articulant la gare, l'école Saint-François et le cœur de la municipalité. Au-delà du bâti, le projet déploie une constellation d'espaces de valorisation : des sentiers riverains jalonnés d'aires d'observation, un quai et un phare tourné vers l'île aux Coudres. En surplomb de ce théâtre maritime, des gradins végétalisés luttent contre l'érosion tout en invitant à contempler l'horizon et le rythme immuable de la fascine.